Ladylike Lily

Dans la matière

Biographie par Michel Troadec

Ladylike Lily a plusieurs cordes à son arc. Il faut se souvenir comment elle happait les spectateurs dans son petit monde folk quand elle présentait ses premières chansons dans les bars de Rennes à la fin des années 2010, tout juste arrivée de son Finistère natal. Elle cachait déjà ses yeux derrière ses cheveux, aux aguets de ce que pouvait ressentir le public devant son chant encore fragile qu’elle habillait juste des accords d’une guitare. Un premier EP (« On My Own ») se souvient de cette période.

De cette folk minimaliste est née, un peu plus tard, une pop plus fouillée parce que les mélodies prennent aussi plaisir à se soumettre au pouvoir d’arrangements qui leur donnent une autre vie. Ladylike Lily n’était plus seule en scène. Elle était la chanteuse d’un groupe qui portait son nom. Ce n’était pourtant qu’une étape, gravée sur un premier album (« Get your soul washed », 2012) qui a dépassé les 10 000 exemplaires vendus. Un succès pour une production indé, prolongé par un autre EP (2014).

Mais ce qui lui manquait, c’était de raconter autrement ses histoires, de découvrir le plaisir d’écrire enfin dans sa langue maternelle, de s’amuser avec ce nouvel « instrument » qu’est le français, « plus difficile peut-être à maitriser, mais qui permet autant de musicalité si on le considère avec soin… » C’est à ce moment-là que Christophe Miossec lui propose, au printemps de l’année dernière, de jouer en première partie de ses concerts : « Il a été comme un parrain. Il m’a donné de l’assurance, m’a permis de présenter mes nouvelles chansons devant un public amateur de textes. J’ai pris conscience que quand tout ce que tu dis est compris, il ne se passe pas du tout la même chose. »

Son nouvel EP s’écoute comme on aborde une aventure. Arriver dans la fourmilière d’une grande ville (« Bain de minuit »), vivre dans un monde terriblement matériel sans occulter le côté spirituel (« Dans la matière »), plonger une dernière fois dans la noirceur avant de retrouver la lumière (« Tir à blanc »), chercher dans son intérieur, ses racines, le déclic pour repartir (« Les roches du diable »), amorcer son renouveau, sa reconstruction (« Mirages »). Six titres en tout pour une mutation. Six titres qui plongent dans l’intime pour monter haut, vers une pop qui pétille en mélodies aériennes, colorées de touches d’électro.

Six titres mais pas encore de deuxième album pour se laisser le temps d’apprivoiser sa nouvelle vie musicale. « J’ai eu un peu l’impression de repartir à zéro. En français, on ne chante pas pareil. J’ai osé aller explorer plus les aigus, le côté Kate Bush. »

Regardez bien la pochette. Elle illustre la mue de Ladylike Lily. Si ses cheveux cachent toujours ses yeux, une troisième main est née comme pour tenir sa nouvelle plume d’auteure, en français. Cette jeune femme a quelque chose à nous dire.